Et les faibles subissent ce qu'ils doivent ?

Et les faibles subissent ce qu'ils doivent ?


Comment l'Europe de l'austérité menace la stabilité du monde


Yanis Varoufakis


Date de parution : 13/04/2016
ISBN : 979-10-209-0368-6
432 pages

24.00 €


Voici le premier grand livre de Yánis Varoufákis. Une analyse remarquable de la crise qui sévit en Europe depuis plusieurs années et surtout un éclairage particulièrement vif, habité et convaincant, du processus qui a conduit à cette impasse.

 


Au centre de ce livre, un paradoxe historique qu’il s’agit de démêler : comment une monnaie commune a-t-elle fini par diviser ? Par quels retournements l’Allemagne, autrefois symbole de protection et de liberté pour le jeune Yánis grandissant sous la dictature militaire, s’est transformée en symbole de désunion et de domination ?

« Peu de paradoxes sont si lourds de tristesse et de danger »,  explique-t-il. « Tristesse, car la solidarité des années 1970 s’est muée en renflouements toxiques qui ont créé des lignes de faille psychologiques le long des Alpes et sur le Rhin. Danger, car de ces lignes de faille suinte une haine ostentatoire capable de dynamiter le projet européen et, en prime, de déstabiliser le monde entier. »

Pour comprendre ce paradoxe, l’auteur prend d’abord soin d’écarter la fable simpliste que nous impose l’idéologie néolibérale : celui d’une Europe divisée en cigales inconsidérément dépensières – dont la Grèce et les pays du Sud – et en fourmis laborieuses et économes – avec l’Allemagne en figure de proue. Il rappelle notamment que les cigales existent dans tous les pays, tout comme les alliances hégémoniques entre elles à l’échelle internationale. De plus, les dettes accumulées par la Grèce ne sont que le sous-produit d’un processus historique complexe, où les responsabilités de tous sont engagées. Les leçons de morale, comme s’en est entendu réciter l’ancien ministre grec des finances autour du thème « une dette est une dette » n’ont pas leur place dans une dynamique collaborative – surtout venues de l’Allemagne qui n’a pas réglé tous ses comptes de la période nazie.  

L’enquête historique va s’articuler autour de trois moments clefs qui révèlent la dimension internationale des problèmes monétaires. Le premier au début des années 1970, lorsque le président américain Nixon, en coupant le lien entre l’or et le dollar, plonge du même coup l’Europe dans l’instabilité monétaire. Le deuxième moment, s’étalant sur une plus longue période, est la construction de la monnaie commune, analysée en partie comme une réaction aux décisions prises à Washington. Enfin, troisième moment, Varoufákis reconstitue l’évolution de la crise des dettes européennes depuis l’éclatement de la bulle des subprimes en 2008. Une Europe mal construite ne pouvait guère résister à l’onde de choc : elle s’est ainsi retrouvée « face aux conséquences de quarante ans d’égarements accumulés ». Des conséquences qui furent terribles pour les peuples. L’incapacité des dirigeants à dialoguer sereinement n’a fait depuis lors qu’empirer leurs situations.

 

D’autres parallèles historiques proposés par l’auteur – en particulier avec les années 1930, où les divisions ont fini par faire éclater l’étalon-or et mener à la guerre – doivent nous alerter sur le processus de délitement en cours. Mais celui qui est devenu une icône du mouvement de contestation de l’austérité ne s’arrête pas là. Son livre se termine par quelques « modestes propositions pour résoudre la crise de l’euro » qui devraient faire parler d’elles…

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